Duras

29 février 2016

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Détruire dit-elle

Soleil. Septième jour.

La voici encore, près du tennis, sur une chaise longue blanche. Il y a d’autres chaises longues blanches vides pour la plupart, vides, naufragées face à face, en cercle, seules.

C’est après la sieste qu’il la perd de vue. Du balcon il la regarde. Elle dort. Elle est grande, ainsi morte, légèrement cassée à la charnière des reins. Elle est mince, maigre.

Le tennis est désert à cette heure-là. On n’a pas le droit d’en faire pendant la sieste. Il reprend vers quatre heures, jusqu’au crépuscule.

Septième jour. Mais dans la torpeur de la sieste une voix d’homme éclate, vive, presque brutale.

Personne ne répond. On a parlé seul.

Personne ne se réveille.

Il n’y a qu’elle qui se tienne aussi près des tennis. Les autres sont plus loin, soit à l’abri des haies soit sur les pelouses, au soleil.

La voix qui vient de parler résonne dans l’écho du parc.

Extrait de « Détruire dit-elle » de Marguerite Duras




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