Duras

5 mars 2016

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…dans les vagues du Pacifique

Dès la première année elle mit en culture la moitié de la concession. Elle espérait que cette première récolte suffirait à la dédommager en grande partie des frais de construction du bungalow. Mais la marée de juillet monta à l’assaut de la plaine et noya la récolte. Croyant qu’elle n’avait été victime que d’une marée particulièrement forte, et malgré les gens de la plaine qui tentaient de la dissuader, l’année d’après la mère recommença. La mer monta encore. Alors elle dut se rendre à la réalité : la concession était incultivable. Elle était annuellement envahie par la mer. Il est vrai que la mer ne montait pas toujours à la même hauteur chaque année. Mais elle montait suffisamment pour brûler tout, directement ou par infiltration. Exception faite des cinq hectares qui donnaient sur la piste, et au milieu desquels elle avait fait bâtir son bungalow, elle avait jeté ses économies de 10 ans dans les vagues du Pacifique.

Extrait d’Un barrage contre le Pacifique. Marguerite Duras. 1950




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