Colette

26 mars 2016

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A moins qu’elle ne revienne quand le jour point à peine

« …Je suis la fille d’une femme qui, dans un pays honteux, avare et resserré, ouvrit sa maison villageoise aux chats errants, aux chemineaux et aux servantes enceintes. Je suis la fille d’une femme qui, vingt fois désespérée de manquer d’argent pour autrui, courut sous la neige fouettée de vent crier de porte en porte, chez des riches, qu’un enfant, près d’un âtre indigent, venait de naître sans langes, nu sur de défaillantes mains nues… Puissè-je n’oublier jamais que je suis la fille d’une telle femme qui penchait, tremblante, toutes rides éblouies entre les sabres d’un cactus sur une promesse de fleur, une telle femme qui ne cessa elle-même d’éclore, infatigablement, pendant trois quarts de siècle… »

Maintenant que je me défais peu à peu et que devant le miroir peu à peu je lui ressemble, je doute que, revenant, elle me reconnaisse pour sa fille, malgré la ressemblance de nos traits… A moins qu’elle ne revienne quand le jour point à peine, et qu’elle ne me surprenne debout, aux aguets sur un monde endormi, éveillée, comme elle fut, comme souvent je suis, avant tous…

Extrait de La naissance du jour de Colette, 1928

 

Photo : Fleur de cactus par Alex Berger. Licence creative commons.




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